Michel Temer

Plus c’est gros, plus c’est gros.

Quatre ans que la Police Fédérale Brésilienne creuse, inlassablement. Quatre ans qu’elle envoie les bandits-hommes-politiques, ou les bandits-chefs-de-méga-entreprises  derrière les barreaux. Quatre ans qu’elle recueille les témoignages de bandits qui balancent leurs copains bandits. Et tous les jours on découvre un nouveau bandit. Le dernier bandit en date avait caché un trésor, que la Police Fédérale, à force de creuser, a fini par trouver: le « Tesouro Perdido » (nom que la police a donné à l’opération – Trésor perdu), apparemment pas perdu pour tout le monde.

Un trésor de 51 millions de reais (plus ou moins 15 millions d’euros), enfoui dans l’appartement d’un ex-ministre. Tu vois ce que ça fait déjà 1 million ? Là c’est 51 millions en petites coupures qu’il a fallu compter, billet par billet (le plus gros billet de réais est de 100). C’est une entreprise spécialisée dans le comptage de billets qui s’en est chargé. ça leur a pris 3 jours.

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Qui est cet ex-ministre qui planquait les biffetons dans des sacs de sport ? D’où vient l’argent ? Qui l’a balancé ?

L’ex ministre c’est lui :

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Geddel Vieira Lima, 58 ans, originaire de l’Etat de Bahia.

Il commence sa carrière politique en 1991 en tant que député de l’état de Bahia et chef du PMDB (Partido do Movimento Democratico do Brasil – centre droit, actuel parti au pouvoir).  Il sera réélu député 5 fois.

En 2003, Lula da Silva, le défenseur des classes populaires est élu Président du Brésil et Geddel se place immédiatement dans l’opposition. Il est réputé pour sa grande gueule qu’il n’hésite pas à ouvrir.

En 2008 Lula est réélu. Geddel retourne spectaculairement sa veste et se retrouve  Ministre de l’Intégration Nationale (intégration des projets de développement régionaux dans le cadre de la politique nationale, pas mal de projets de travaux publics).

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« regarde mon ami tout le pognon qu’on va se faire »

En 2011, il est nommé par Dilma Rousseff  Vice-président de la banque publique « Caixa Economica Federal ». C’est lui qui décide de l’attribution des lignes de crédit pour le financement d’entreprises.

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« Youpi, je vais braquer la banque »

En 2015, Dilma est poussée vers la porte par un processus d’impeachement. Geddel, pas avare de trahisons, crie haut et fort qu’il faut mettre les bandits dehors et que franchement ça commence à bien faire de se faire voler par la classe politique. Non mais !

(Si t’es pas fluent je te résume, Geddel est dans la rue comme tout le monde pour combattre la corruption et les pourris qui dirigent le pays impunément )

Michel Temer, le nouveau Président, nomme Geddel « Ministro-chefe da Secretaria de Governo », je ne sais pas quel est l’équivalent en français. Sa mission est de coordonner les relations du Président avec le congrès et les partis politiques et la gestion des crises institutionnelles.

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Geddel et Temer en pleine lune de miel.

En novembre 2016, Temer encourage Geddel à  quitter le gouvernement à cause d’un  scandale immobilier. Il a acheté un appartement sur plan dans un immeuble de 30 étages qui devait pousser en plein cœur du quartier historique de Salvador.  Or la construction de l’immeuble est bloquée par la commission de défense du patrimoine culturel. Ni une, ni deux, Geddel essaye de tordre le bras de Marcelo Calero, Ministre de la culture et responsable de la commission en question. Marcelo Calero ne se laisse pas faire et démissionne du gouvernement tout en dénonçant les manigances de son collègue ministre. L’histoire commence à faire un peu trop de bruit surtout au début du mandat de Temer qui a promis juré de faire le ménage. Temer écarte un Geddel trop encombrant.

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Le projet immobilier –  La Vue.

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Geddel à marcelo Calero : « Tu vas approuver le projet ou sinon t’es viré »

geddel fait passer des messages à temer

Geddel à Temer : « Michel, le barbu commence à me courir, tu peux pas le virer ? »

Entre temps Eduardo Cunha (ex-président de la chambre des députés) est arrêté. Eduardo Cunha sait TOUT sur TOUT le monde.

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« je ne vais pas y aller tout seul les mecs, je coule mais vous coulez avec moi »

Geddel flippe et essaye d’user de son influence pour faire obstruction à la belle justice et faire taire les bavards. Mais la police veille et le place en  résidence surveillée début juillet.

C’est chez lui qu’il apprend que la Police Fedérale à force de creuser a trouvé un appartement meublé uniquement par des valises et des sacs de sport plein de biffetons. L’appartement, c’est le sien, acheté exclusivement pour planquer l’argent.

L’argent viendrait de backshish reçus en échange de l’allocation de prêts et l’ouverture de lignes de crédit par la banque publique de laquelle il était Vice-président.

Geddel est immédiatement envoyé en prison où il aurait déjà reçu de nombreuses menaces de viol. Hem. Chacun son tour comme dirait l’autre.

L’entourage du Président Temer est en alerte rouge depuis que Geddel a balancé à  Temer  qu’il ferait mieux de faire gaffe à son cul plutôt qu’à son image.

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Stay tuned !

 

 

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Tudo Bem

Tu viens de passer un mois à te ronger les ongles jusqu’au sang en brûlant de connaître la suite de la trépidante vie politique du Brésil?

Franchement, c’était vraiment pas la peine de flinguer ta manucure. Il ne s’est rien passé. Rien. Tu peux te détendre, les bandits règnent toujours.

Début juillet, le Président en exercice, Michel Temer, je te le rappelle, était sur le point d’être jugé pour corruption passive (enregistrements AUDIO l’impliquant DIRECTEMENT). Tout ce qu’il fallait c’était que la majorité des deux tiers des parlementaires vote en faveur d’un jugement par le tribunal fédéral. Bon, les députés se sont dégonflés, ou ont négocié, ou avaient peur de couler avec le navire, ou avaient piscine, bref, il n’y a pas eu de majorité. Temer est toujours impliqué dans plusieurs cas de corruption mais peut rester Président.

Cool Raoul.

 

Michel Temer, toujours là.

Pendant ce temps là, Lula da Silva, l’Ex-président (et peut-être futur Président) a été condamné par l’incorruptible juge Sergio Moro à 9 ans et des brouettes de zonzon*. Évidemment il fait appel de la décision et reste libre pendant le temps du procès. Il  profite de sa liberté pour faire campagne pour les prochaines présidentielles.

Tranquille Emile.

ils vont devoir se préparer parce que je suis bien vivant et j’ai la Niaque!

Alors tu peux continuer à te ronger les ongles si tu veux, mais sans penser au Brésil, parce qu’ici, apparemment, tout le monde s’en fout. La preuve, la BIG news du mois d’août est le transfert de Neymar au PSG. Alors tu vois, Tudo Bem !

*Au Brésil les conditions de détention des prévenus dépendent de leur niveau d’études. Lula a quitté l’école à 14 ans. S’il devait être enfermé il se retrouverait avec les bandits de grand chemin dans des prisons surpeuplées et insalubres (contrairement à certains de ses copains, qui eux on fait des études et qui sont détenus dans des cellules individuelles avec tout le confort moderne). Pas étonnant qu’il n’ait pas très envie d’y aller.

 

C’est qui le patron ?

Ci-dessous Michel Temer il y a un peu plus d’un an. Content.

Il était alors vice président, sur le point de devenir Président. La Présidente Dilma Rousseff allait être destituée pour « mauvaise gestion ».

Ci-dessous, Michel Temer aujourd’hui. Inquiet.

Il est Président et sur le point d’être jugé pour corruption passive*.

C’est Rodrigo Janot, le procureur général de la République qui l’accuse, et accuser un Président en exercice pour un crime commis pendant son exercice, c’est pas de la gnognotte. La constitution avait quand même prévu le coup et tout un processus est organisé pour un tel cas. Donc, le procureur a présenté l’accusation au juge responsable de telles affaires au tribunal suprême. Ce dernier a jugé la plainte valide et suffisamment argumentée et l’a refilée au Président du parlement. Maintenant ce sont les 513 députés qui doivent s’exprimer. Si la majorité des deux tiers d’entre eux (342) votent pour la mise en examen, Michel Temer sera jugé par le Tribunal Suprême et écarté du pouvoir le temps du procès (180 jours). Rodrigo Maia, Président du Parlement, prendra le relais jusqu’à l’organisation de l’élection indirecte qui désignera celui ou celle qui ira jusqu’au bout du mandat. Les élections présidentielles, directes, sont prévues en octobre 2018.

Le Brésil pourrait donc connaître 4 présidents en deux ans :

Dilma Rousseff (virée en avril 2016 par impeachment),

Michel Temer (viré pour corruption, peut-être en juillet 2017),

Rodrigo Maia (viré parce qu’il ne sera pas élu par la chambre parce que d’ici là il sera sans doute en prison vu le nombre de procès dans lesquels il est impliqué, peut être en janvier 2018)

Monsieur  ou madame X, élu(e) par les membres du parlement pour aller jusqu’au bout du mandat et viré(e) naturellement même s’il (elle) n’est coupable de rien (permettons-nous d’en douter).

Ça ce sont les faits, bruts.

Mais toi, ce qui  t’intéresse, avoue le, ce sont les dessous croustillants de l’histoire expliqués par ceux qui savent et voilà ce qu’ils m’ont raconté :

Rappel : En 2014, un petit groupe d’irréductibles incorruptibles mené par le juge Sergio Moro, spécialiste du blanchiment d’argent et Rodrigo Janot, Procureur de la République, lance l’opération LAVA JATO (lavage express – du nom des stations de lavage de voitures) avec un concept super efficace:  la délation.  Au fil des arrestations ils découvrent la plus grande opération de détournement de fonds publics depuis que le monde est monde. Tous les partis politiques et toutes les méga entreprises brésiliennes sont impliqués de près ou de loin. Y’en a pas un pour sauver l’autre.

Le gros poisson, pense-t-on, c’est  l’ex-Président Lula da Silva impliqué dans plusieurs cas de trafic d’influence, d’enrichissement suspect, de blanchiment, de corruption, etc, etc. et surtout à la tête du pays pendant que tout le monde s’en mettait plein les poches.

Le mois dernier la justice commence à serrer  Lula d’un peu trop près. (j’en ai parlé dans le dernier article). Concomitamment, et comme par hasard, Joesley Batista, dirigeant du plus gros conglomérat agro-alimentaire brésilien, appelle le Procureur Janot pour livrer un enregistrement dans lequel on entend distinctement Temer essayer de corrompre. Pour la petite histoire, Joesley Batista et son frère Wesley sont super potes avec Lula et  ont transformé la simple boucherie paternelle en géant mondial de l’agro alimentaire pendant les mandats de Lula. De là à dire qu’ils doivent leur immense fortune à leur amitié avec Lula, il n’y a qu’un pas.

Lula aurait donc pu passer un coup de fil à son pote Joesley et lui dire, imaginons : « coco, balance la merde dans le ventilo ».

Mais pourquoi balancer Temer ?

Dans le fond, j’imagine que Lula se fout pas mal que Temer reste au pouvoir. Il fait plutôt un bon boulot de sabotage de l’opération Lava Jato. Dès qu’il a l’occasion d’affaiblir les incorruptibles il saute dessus. Je laisse les détails en bas de page pour ceux qui veulent passer en niveau 2. En plus Temer prend des décisions politiques et économiques hautement impopulaires mais pas forcément débiles pour sortir le pays de la crise économique.

Alors pourquoi ?

Jeter Temer en pâture permet à Lula, d’abord de se venger de la trahison de l’impeachment de Dilma, mais surtout de se débarrasser de l’attention des médias et de la rue pour préparer son come back peinard. Parce qu’il va se présenter aux Élections, n’en doute pas. Un institut de sondage annonçait en début de semaine que l’ex-président bénéficie de 30% d’intentions de vote. S’il est élu, Lula dirigera un pays sorti péniblement de la crise économique, grâce à des mesures impopulaires,  bénéficiera de l’immunité présidentielle et pourra  finir tranquillement de démanteler l’opération Lava Jato.

Alors ? C’est qui le Patron ?

Lula da Silva, Ex Président

 

ps : Toi aussi tu te demandes pourquoi les brésiliens ne sont pas tous dans la rue en train de brûler des pneus ? Et bien parce qu’ils sont complètement désabusés et préfèrent continuer à vivre leur vie en regardant la télénovéla plutôt que de mourir de honte en apprenant chaque jour les nouveaux méfaits « sem vergonha » de leurs dirigeants.

Niveau 2:

En janvier dernier, le juge du Tribunal Suprême responsable des questions liées à l’opération Lava Jato, Teori Zavascki est mort accidentellement dans le crash de son avion. Il avait la réputation d’être  sévère avec les corrompus. Temer, qui nomme les juges, a profité de l’occasion pour nommer un pote plus conciliant à sa place.

Rodrigo Janot, Procureur de la République, responsable de la mise en examen de Temer pour corruption passive est sur le point de finir son deuxième mandat, il ne peut pas se représenter. La procédure prévoit que les procureurs votent et présentent les trois premiers au Président de la République pour qu’il choisisse le prochain Procureur Général de la République. Bon. Les procureurs ont voté massivement pour un procureur à la réputation irréprochable et connu pour ses positions anti corruption radicales. Depuis que la république brésilienne existe, le Président confirme le choix du ministère de la justice, mais là non, manifestement, ça n’arrangeait pas Temer. Il a choisi celle qui est arrivée numéro deux dans les votes. On ne connaît pas vraiment ses positions, ni ses amitiés. Attendons de voir.

Pour finir, grâce à des manœuvres politiques plus ou moins subtiles, Le juge Moro va être destitué d’une grosse partie des dossiers du lava Jato.  Jusqu’à présent, tous les dossiers concernant l’affaire  échouaient sur son bureau, quelle que soit leur origine géographique. D’ici peu, il ne pourra se saisir que des dossiers relevant de sa juridiction (le sud du brésil). Les autres dossiers incomberont aux juges compétents géographiquement. Peut on leur faire confiance ?

* La corruption passive concerne celui qui se laisse corrompre, contrairement à la corruption active qui concerne celui qui essaye de corrompre. Rodrigo Janot, le Procureur, accuse le Président d’avoir accepté de la part de Joesley Batista un pot de vin  de 500 000 Reais (à peu pres 140 000 euros). L’histoire ne dit pas ce que Joesley voulait acheter avec ce pognon. Si tu suis bien, Joesley devrait donc lui être accusé de corruption active, sauf qu’il vit aux Etats Unis et a super bien négocié sa remise de peine en échange des enregistrements compromettant Temer.

 

Viande avariée

Souviens toi de l’enregistrement qui avait précipité la chute de Dilma Rousseff. A l’époque (il y a tout juste un an), on se débarrassait de Dilma et son vice président, Michel Temer, à priori intègre, s’installait dans le fauteuil présidentiel. Manœuvre savamment orchestrée par le Président de la Chambre de députés Eduardo Cunha et ennemi juré de Dilma. On savait déjà que Cunha n’était pas blanc comme neige, mais en même temps il ne neige presque jamais au brésil, donc on s’en foutait.

Aujourd’hui c’est encore un enregistrement qui fait trembler Brasilia. Un haut dirigeant d’une grosse entreprise de frigos aurait enregistré Temer en train d’essayer d’acheter le silence de Cunha.

Ha ha.

question 1 : Que sait Cunha ?

Il sait tout. Et il a fini par se faire choper. Il est à l’ombre depuis quelques mois. Il n’aime pas ça, et essaye de réduire sa peine en échange d’informations croustillantes.

Question 2: Pourquoi les frigos ?

Joesley et Wesley Batista

Joesley et Wesley Batista sont deux frères à la tête de « JBS Friboi, principale multinationale brésilienne de l’industrie agroalimentaire, qui représente environ un quart du marché mondial du bœuf. Elle distribue principalement des produits à base de viande, soit fraîche, soit réfrigérée » (dixit Wikipedia). JBS a été largement financé par la BNDS (Banque Nationale de Développement social), bras financier du gouvernement, qu’il soit de droite, de gauche, d’en haut ou d’en bas, tout le monde couche avec tout le monde du moment qu’il y a du fric à se faire. Le mois dernier un énorme scandale de viande avariée éclate, t’en as sans doute entendu parler. Évidemment, JBS est impliqué.

Joesley et Wesley sentant le vent tourner  seraient allé voir le procureur général de la république, Rodrigo Janot pour cafter. Mais que sont des rumeurs sans preuves ? La police et la justice, la main dans la main, ont équipé les traîtres de micros et quelques semaines après, les preuves sont là. Il y aurait un enregistrement du Président Michel Temer, himself, en train d’essayer d’acheter le silence d’Eduardo Cunha.

Question 3 : Est-ce que ça craint pour Michel Temer ?

Grave. Obstruction à la justice. Très grave. Impeachment direct.

Michel Temer a les boules.

Question 4 : Si Temer est destitué qui deviendrait calife à la place du calife ?

Rodrigo Maia, actuel Président de la Chambre des Députés.

Sous question 4.1 : Peut-on faire confiance à Rodrigo Maia ?

NON, NON, trois fois NON.  Rodrigo Maia est en moment jugé par le Tribunal Suprême pour diverses affaires de corruption (dont 600 000 réais reçu de la part d’Odebrecht).

Rodrigo Maia a les boules

Sous question 4.2 : Rodrigo Maia aura-t-il le temps d’être Président ?

Même si Temer est viré par un processus d’impeachment, ça ne se fait pas en 5 minutes. Les élections présidentielles sont prévues pour octobre 2018. Si ça traine un peu, Rodrigo Maia pourra aller directement en prison sans passer par la case Président.

Question 5 : C’est tout ?

Non, c’est pas tout. Le mois prochain, le tribunal électoral doit rendre son verdict sur le possible truquage des dernières élections présidentielles et  remettre en cause le ticket gagnant, Dilma Roussef  / Michel Temer. Temer pourrait donc se faire virer aussi pour fraude électorale.

Sous question 5.1 : Qui deviendrait président ?

Il y aurait alors des élections indirectes au congrès pour élire un nouveau Président pour aller au bout de ce mandat pourri.

Question 6 : y a t’il de la lumière au bout du tunnel ?

Pas sûr.

A l’horizon se préparent les candidats aux élections présidentielles.

A gauche Lula da Silva. Entendu la semaine dernière pour détournements de fonds, corruption en tout genre, abus de pouvoir, prise illégale d’intérêts, etc. Mais ça va, Lula apparemment n’est au courant de rien et a tout balancé sur feu sa femme qui aurait caché à son mari pendant des années la méga propriété à côté de São Paulo et le Triplex les pieds dans l’eau. Heureusement que la pauvre Marisa, morte accidentellement au début de l’année, n’est plus là pour entendre de telles âneries. Jusque là Lula bénéficiait  d’une image positive auprès de la classe populaire brésilienne, prête à lui pardonner tous ses écarts. Lui pardonnera-t-elle la lâcheté d’impliquer sa défunte femme ?

Lula a les boules et s’assure que sa défunte femme est bien là haut et qu’elle n’a pas l’intention de ressusciter pour le balancer.

A droite Aecio Neves, Président du PSDB, un des principaux partis du pays, battu de justesse par Dilma Rousseff aux éléctions présidentielles de 2014. Aujourd’hui, enfin, ce matin, il était sénateur de l’Etat du Minas Gerais, cet après midi, il est à la porte de la prison. Lui aussi s’est fait enregistrer par Joesley (voir plus haut), en train de racketer 2 millions de Réais. Le procureur de la république veut l’envoyer en prison direct (où il rejoindra sa sœur, et bras droit, incarcérée ce matin). Le juge, lui, demande que l’affaire soit traitée par le tribunal suprême fédéral. Quoi qu’il en soit, tôt ou tard, il sera derrière les barreaux.

Aecio Neves a les boules.

Question subsidiaire: La totalité de la classe politique brésilienne est elle aussi pourrie que la viande de Joesley et Wesley?

OUI, et ça pue.

Pendant ce temps là à Brasilia

Piqûre de rappel : Le 12 mai, le Sénat Brésilien donnait le coup d’envoi de la procédure d’Impeachment de la Présidente Dilma Rousseff pour maquillage de comptes publics. Le vice Président Michel Temer prenait le manche et Dilma était envoyée en vacances forcées pendant une période pouvant aller jusqu’à 6 mois, le temps que les sénateurs étudient à fond la question. Si t’es perdu, tu peux relire les épisodes précédents (la véritable histoire de la déchéance de Dilma Rousseff et qui est vraiment Michel Temer).

Le 31 août,  les sénateurs ont rendu leur verdict : FORA DILMA. Elle est déchue de son pouvoir présidentiel mais pas de ses droits civiques. Elle peut donc, si elle veut, se présenter aux élections présidentielles de 2018. Elle en est capable. Je te rappelle que Dilma est une guerrière prête à tout.

fora-dilma(Dilma Rousseff vêtue de son plus beau tailleur rouge, couleur de son parti, le parti des travailleurs et avec une tête de circonstance lors de son dernier discours. Elle a  crié  au coup d’Etat et à l’injustice. No Pasaran!)

Michel Temer a immédiatement prêté serment et s’est envolé pour le sommet du G20 en Chine asseoir sa légitimité internationale. Il a profité des nombreuses heures de voyage pour préparer son ‘action plan‘: restrictions budgétaires, réformes fiscales, modifications des programmes sociaux instaurés par ses prédécesseurs.

Vu qu’il est déjà mouillé dans des histoires de corruption (son nom est cité plusieurs fois dans le cas Petrobras), dans des histoires d’élections truquées (le Tribunal Suprême électoral doit statuer d’ici 2017 sur la validité des élections de 2014 pour lesquelles il concourrait en tant que vice président de Dilma Rousseff) et qu’une bonne partie de la population brésilienne l’accuse d’avoir accédé au pouvoir comme un vieux chacal en virant son ancienne alliée devenue nouvelle ennemie, il n’était pas à une ou deux mesures ultra impopulaires près. Pour Michel, c’est ‘all in’, soit il redresse l’économie du Brésil en pleine crise et son nom restera à tout jamais dans les livres d’histoire associé au sauvetage du Brésil, soit il sombre avec le navire et ne sera qu’un pourri de plus dans la plus grande crise politique que le pays ait jamais connu.

toma-pose-temer(Michel Temer tellement content qu’il a presque souri)

Une semaine après son intronisation officielle, le 7 septembre, jour de commémoration de l’indépendance du Brésil, pendant que le fringant nouveau président et sa jeune épouse paradaient lors du premier acte officiel de leur mandat, des centaines de milliers de personnes se retrouvaient dans la rue  pour crier Fora Temer. (Temer dehors).

m-et-mme-temer(Président et Madame Temer solennels et officiels incarnant la fonction devant le seul mec qui sourit pour la photo)

fora-temer(manifestants pas contents à São Paulo, le 7 septembre )

raus-temer(manifestants germanophones pas contents )

fora-todos(manifestants anarchistes et écolos qui veulent virer tout le monde avec une pancarte réutiliable à l’envi)

On va encore bien se marrer.

 

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Tchau Querida

folha

Une de la version électronique de la Folha de São Paulo ce matin jeudi 12 mai.

Après une nuit agitée, le Sénat a compté les votes  des Sénateurs, 55 pour 22 contre, et au petit matin le couperet est tombé. Dilma est virée. Enfin momentanément, cet épisode n’est pas encore l’épilogue. Je dirai même plus, ça ne fait que commencer. Le résultat du vote marque officiellement le début du processus d’Impeachment. Dans les 6 mois à venir Dilma Rousseff, Présidente du Brésil, 7eme puissance mondiale,  va être jugée et les sénateurs devront à nouveau voter pour  se prononcer pour ou contre la fin de son mandat.

Dilma vient de s’exprimer devant les journalistes. J’ai tout écouté pour toi.

Elle crie au coup d’Etat. Elle a commis des erreurs mais pas de crimes, d’ailleurs, d’autres avaient commis les mêmes erreurs avant elle et eux n’ont pas été destitués. Elle accuse ses détracteurs d’avoir saboté son gouvernement et d’entretenir la crise politique et donc économique dans leur intérêt.   Elle, elle est fière de ce qu’elle a fait, fière de ce que son parti a fait pour les plus pauvres, fière de pouvoir se regarder dans le miroir. Elle met le Brésil en garde contre un gouvernement arrivé au pouvoir sans aucune légitimité qui pourrait avoir certaines facilités à recourir à la répression. Elle a lutté toute sa vie pour la démocratie, enduré la torture et la maladie, aujourd’hui elle se dit prête à lutter contre l’injustice et pour aller jusqu’au bout de son mandat en décembre 2018.

No Pasaran ! dans la paix quand même.

Bref, elle se casse et laisse la place à Michel Temer, centre droit aux idées politiques plutôt libérales. Les marchés financiers sont contents. Reste à savoir si les Brésiliens sont contents aussi.

Je te remets, pour le plaisir, le détonateur de toute l’histoire. Le « Tchau querida » de Lula à Dilma à la fin d’une conversation où elle  disait lui avoir envoyé le document le nommant ministre « au cas où » (il est menacé de prison dans l’affaire lava jato). C’était le 16 mars et cette histoire là est loin d’être terminée.

 

 

Shake it Baby

Moi j’étais là, je sifflotais de la bossa nova peinarde en savourant un délicieux pão de queijo en attendant la destitution de Dilma et l’intronisation de son VP, le ténébreux Temer, quand patatras, l’annonce de la révocation de l’impeachment, une sorte d’impeachment de l’impeachment, m’a fait avaler mon pão de queijo de travers.

Comme la situation évolue à chaque instant et que toutes sortes de rumeurs circulent à la vitesse de l’éclair, je m’en tiendrai aux faits.

La semaine dernière, Eduardo Cunha, Président de l’Assemblée et ennemi juré de Dilma se fait dégager à l’unanimité par le STF (Supremo Tribunal Federal).  Le tribunal l’accuse d’avoir « usé de ses fonctions dans son propre intérêt et de façon illicite pour empêcher que les investigations à son encontre n’arrivent à leur terme ». Cunha, sans m’étaler sur la question, a des casseroles de corruption, de comptes en suisse et de malversations en tout genre qui font rêver les Balkany, c’est dire.

cunhaEduardo Cunha en train de réaliser que ça chauffe grave pour son bumbum

Il est remplacé au pied levé par Waldir Marahnão, lui aussi mis en cause dans l’affaire du « lava jato », mais qui ne l’est pas ? Waldir décide ce matin d’annuler le vote du 17 avril à cause d’irrégularités survenues pendant le vote et donc tout simplement d’annuler le processus d’impeachment. Comme ça.

waldirWaldir Maranhão avec son regard de « vous allez voir ce que vous allez voir »

Ce soir le président du Sénat, Sénat qui rappelons-le doit se réunir dans quelques jours pour voter l’impeachment et la mise à pied de Dilma, ignore totalement la décision de Maranhão en la qualifiant de « absolutamente intempestiva » et dit que le processus continuera normalement.

J’en perds mon latin.

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En attendant que tout ce petit monde se mette d’accord  je te propose de retrouver la garota de Ipanema, version 2016. Shake it baby !