Voir et Entendre

La dernière galerie trendy, un film, un concert, une balade, un happening

Toute la vie sera pareille à ce matin

Le frimas caresse mes doigts de pieds.

Les feuilles dorées contrastent joliment dans le ciel bleu azur. Je traverse la rue pour marcher du côté du soleil, je rêve de feu de cheminée, de couette douillette et de lumière rasante. J’entends des chansons douces et un peu tristes.

L’automne est là et l’automne est d’autant plus beau que l’été a été chaud.

Je vais mettre des chaussettes.

otoño

Photo : Sanjay Patel

Rodriguez, Sandrevan Lullaby

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Loin des clichés – Mapuche de Caryl Ferey

Patagonie, fin du 19ème.

Les carabiniers s’emparent à gros coups de fusils des terres ancestrales des autochtones pour agrandir leur territoire et enrichir l’Argentine alors en pleine expansion. Ils chassent, dépossèdent, exterminent. Les Mapuche installés depuis des siècles, sont forcés de fuir, de franchir les montagnes vers le Chili ou d’adopter les lois de l’oppresseur et de renier leurs racines, leur histoire. Jana est Mapuche.

Buenos Aires, 1978,

Une Ford Falcon verte, sans plaque roule lentement dans les rues de San Telmo. Elle s’arrête, deux hommes en descendent et s’emparent d’un frère et d’une sœur adolescents, innocents dont le seul crime apparent est d’avoir un père poète. La dictature militaire sévit depuis 2 ans et les disparus ne reviennent jamais. Sauf Ruben. Il fait partie des quelques uns relâchés pour raconter l’horreur, rendre la menace réelle pour ceux qui seraient encore tentés par des actes de rébellion ou de subversion. Mais Ruben reste muet, il cadenasse au plus profond de son âme tout de l’abomination, de l’horreur et des conditions de disparition de sa petite sœur et de son père.

Buenos Aires, 2012.

Jana est devenue sculptrice. Elle survit dans un squat. Loin de « l’exemple argentin », elle vit dans un monde d’indigents, de cartoneros, tous victimes de la crise TOTALE de 2001. C’est dans ce nulle part de misère qu’elle rencontre Paula/Miguel, travelo qui jongle entre les auditions pour les revues fantasques, le tapin sur les docks du port de la Boca et la blanchisserie familiale ou croupit sa mère folle à lier.

Ruben est devenu détective privé, il traque sans relâche les tortionnaires de la dictature  pour le compte des mères de la place de mai, les mères des disparus, des 30 000 qui ne sont jamais revenus.

La mort violente de Luz partenaire de tapin de Paula va embarquer les héros écorchés de ce roman noir, et nous pauvres lecteurs avec, des bas fonds de Buenos Aires, aux contreforts des Andes, en passant par le Delta du Tigre, dans la spirale de l’histoire la plus sombre de l’Argentine.

Caryl Ferey nous malmène. Son style énergique, honnête et ultra violent décrit les disparitions, les enfants des disparus adoptés illégalement par leurs tortionnaires, les corps balancés des avions dans le Rio, mais aussi les plaies laissées béantes par les drames successifs de l’argentine: les crises économiques, la corruption, le mensonge, l’oubli. Il nous rappelle que la violence de l’homme ne connait pas de limites.

En refermant le livre après 24h d’une lecture affamée, j’ai ouvert les yeux. L’Argentine de Jana, Paula, et Ruben,  celle des routes défoncées, des gamins loqueteux, celle des victimes des conquistadors, ou des politiciens véreux,  la brutale réalité, celle qui dément les clichés, loin très loin du polo ou des terrasses de Palermo, je ne l’avais pas vue. Et pourtant, j’ai pu croiser Jana, Ruben ou Paula dans un café de San Telmo ou sur la 9 de Julio.

Mes copines de la sortie de l’école ont vécu la dictature et toute son horreur. Personne n’en parle. Et pourtant en les regardant je me demande combien d’entre elles ont connu un de ceux qui  ne sont jamais revenus. Si elles se demandent parfois si elles sont bien les enfants de leurs parents?

mapuche

Mapuche a reçu le prix du meilleur polar 2012 attribué par le magazine Lire.

Caryl Férey vit à Paris. Après s’être aventuré en Nouvelle-Zélande, avec Haka et Utu, puis en Afrique du Sud avec Zulu, dix fois primé et traduit en dix langues, il fait, avec Mapuche, ses premiers pas sur le continent sud-américain.

Mapuche, Serie Noire, Gallimard, 2012.

Seriously ?

Après This is Bombay Baby, This is Paris Baby et This is BA Baby, et à la demande générale (elle se reconnaîtra),

Ladies and Gentlemen introducing :

THIS IS ART BABY, A very successful art Blog qui regroupe toutes les choses intéressantes que j’ai pu écrire sur la peinture, la photo ou la sculpture et surtout que j’ai l’intention d’écrire quand j’aurais enfin choisi la couleur de mon vernis à ongles.

Pour l’occasion j’ai rencontré Eliseo, un bel argentin photographe gaucho qui fait aimer l’Argentine rurale et Patagone.

Babies, Enjoy !

Color Block

Pour certains c’est le printemps, les arbres fleurissent. La terre se réveille (je m’adresse là à mon lectorat paysan qui se reconnaîtra), les balcons urbains dégueulent du vert,  du rose et du blanc. Les jours rallongent, les jupes raccourcissent et les doigts de pieds s’épanouissent*.

Les autres sortent les chaussettes (ils se reconnaîtront aussi).

Avec Beatriz Milhazes, c’est le printemps tout le temps. C’est le flower power dans ta face et la bossa nova dans tes oreilles.

Beatriz est une artiste brésilienne née à Rio en 1960. Il paraît que les expériences de la petite enfance nous marquent à jamais. Dans son cas c’est l’explosion des swinging 60’s.
Ses toiles sont un enchevêtrement de couleurs et de formes psychédéliques qui respirent l’innocence. On pourrait croire à un délire psychotrope, mais au contraire, rien n’est spontané. Beatriz, artiste cérébrale,  s’applique à utiliser une technique longue et compliquée pour obtenir le résultat rêvé.

Elle commence par peindre sur des formes en plastique transparentes, puis les arrange et les colle comme une décalcomanie. Chaque fragment rejoint son voisin pour créer une image globale lisse, sans relief. Pas de découpage de plans, tout est au premier plan. Tout mérite notre attention complète et sans partage. Chaque détail est une invitation à la « tropicalité » et à l’infini. Elle même le dit, ses œuvres ne sont jamais abouties.

Contrairement à d’autres artistes qui entretiennent le mystère, Beatriz Milhazes explique à qui veut l’entendre sa technique laborieuse et ouvre volontiers les portes de son atelier et de ses inspirations. Tu ne seras pas étonné d’apprendre que Paul Gauguin ou  Christian Lacroix sont certaines de ses sources inépuisables. Elle parle aussi de Mondrian, c’est moins évident. Mais là aussi, le travail presque scientifique de Mondrian (comme celui de Beatriz) dans la structure de la toile, dans son organisation,  ne saute pas aux yeux du spectateur non averti qui peut penser dans un moment d’égarement ‘pff, moi aussi j’peux le faire – file moi juste une règle et un compas ‘. Et pourtant chaque toile est un projet architectural, un procédé méticuleux, qui comme la construction d’un bâtiment, d’un moucharabié,  demande du temps et de l’énergie.

L’environnement immédiat de Beatriz est aussi très présent dans son travail. Elle vit à 10 mètres du jardin botanique de Rio de Janeiro, une ville sans saison où les arbres sont toujours en fleurs et les perroquets en couleurs. Ne la range pas avec les naturalistes, elle n’aimerait pas ça. Bien sûr on trouve des fleurs dans ses créations mais elles deviennent rosaces et formes géométriques dès qu’elles sont mêlées aux lignes et aux spirales. Même si elle passe beaucoup de temps hors du brésil, notamment à New York ou à Londres, et elle reste une ‘girl from Ipanema’ et les spirales qui longent la plage font danser son imagination à chaque instant.  Beatriz Milhazes peint l’abstrait. Et la joie.

photo: Sanjay Patel – Malba, Buenos Aires

Summer Love (2010) by Beatriz Milhazes, via Fondation Beyeler

source: theartreference.blogspot.com.ar

et pour les oreilles (et la joie)

Beatriz Milhazes est exposée en ce moment et jusqu’au 19 novembre au Malba en ce moment à Buenos Aires. Ses œuvres sont présentes dans les collections permanentes du MOMA, du MET, du Guggenheim et du Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia de Madrid.

*Lecteur parisien sous la pluie, ne meure pas de jalousie, les tongues sont encore au placard, le soleil radieux de Buenos Aires est une vieille arnaque, une publicité mensongère. Il pleut, 2 jours sur 3.

Abre los ojos

Ouvre les yeux et regarde ‘El secreto de sus ojos’*.

Je sais, je ne suis pas en avance, ce film argentin a eu l’oscar du meilleur film étranger en 2010, mais je ne suis pas encore invitée aux avant premières. Bientôt.

Ricardo Darin et Soledad Villamil ont des yeux, mais des yeux. Et le réalisateur, Juan José Campanella,  les filme intensément, tellement, que tu entends ce qu’ils disent: l’Amour avec  la voix qui tremble.

Mais ce n’est pas tout. Il y a aussi, un meurtre horrible, l’histoire d’amour d’une vie, des vies frustrées, des trains qui partent, un homme qui écrit l’histoire de sa vie pour tenter de prendre son destin en main, l’Argentine des années 70 avec ses méthodes gouvernementales délirantes et un plan séquence* magique de 5 minutes dans un stade de foot, on est en Argentine ne l’oublions pas,  qui mérite à lui seul l’oscar.

* Dans ses yeux en français.

Co production hispano-argentine de 2009. Réalisé par Juan José Campanella.

El secreto de sus ojos (The secret in there eyes) met en scène Ricardo Darin, monstre sacré du cinéma argentin et Soledad Villamil, actrice et chanteuse argentine au talent reconnu.

Le film gagne l’oscar du meilleur film étranger en 2010 et le prix Goya du meilleur film étranger en langue espagnole la même année.

* Je ne peux pas résister : le plan séquence qui a remplacé dans mon cœur celui de Gangs of New York. Évidemment, on ne peut pas passer d’un plan à 300 m d’altitude au dessus d’un stade de foot, à une poursuite caméra à l’épaule dans le labyrinthe du stade sans un peu de montage, mais on veut pas savoir. C’est ça la magie.

Cliché # 1 : El Tango

Quand je te dis Argentine, tu penses quoi ? Tango ? Foot ? Polo (vas , tu aimeras le Polo)? côte de boeuf ? Dulce de Leche ? Yerba maté ? Pingouins ? Pampa ? Ushuaia ? El condor pasa  ? Que des bons gros clichés. Ben ouais. Alors justement disséquons les ces clichés.

CLICHE #1 : EL TANGO

Illustration : Dreamstime.com

Le Tango exprime à lui seul la mélancolie d’un peuple fier, mais aussi toute sa libido. Oui les argentins dansent le tango partout, oui les argentins sont sexuels. Evidemment c’est plus ou moins accrobatique. Voici une liste non exhautive  et libidino-décroissante des différentes façons de le danser.

1. la version ‘GET A ROOM’ J.LO et Richard G (j’aurais preféré Javier Bardem, mais bon), sur une musique originale de Gotan Project (Gotan = tango… ahhhhhh)

2. La version ‘Tango from the Ghetto » d’Antonio Banderas sur une musique originale de Gotan Project (encore – oui ils sont les seuls à avoir pensé à coller de l’électro sur le Tango)

3. La version à plusieurs sur une adaptation de Roxanne probablement piquée à « Paris dernière ». Ecoute bien les conseils au début : le tango c’est d’abord le désir, ensuite la luxure, puis la méfiance, la jalousie, la haine, et on recommence.

4. La version ‘regarde comment je suis en train de pécho la meuf la plus bonne du monde’.  En russe, c’est pour l’exotisme. Alors pour les non russophones qui se reconnaîtront, Brad vient de demander le divorce à Angie , je précise, parce que ça saute pas aux yeux.

5. La version « pas ce soir chéri, j’ai la migraine » de True Lies où la grâce et la sensualité d’Arnold annulent tous les effets de l’aspirine.

6. Et enfin, la version finlandaise. Oui, tu as bien lu. Le Tango, tu le sauras,  est la danse la plus populaire en Finlande, suivie de près par la ronde des rennes et des lutins. Il y a d’ailleurs un festival annuel de tango dans la charmante bourgade de Senäjoki qui réunit 100 000 personnes (quand tu penses que les finlandais sont 5 millions ça fait quand même beauoup de finlandais à la libido exhacerbée, n’oublie pas qu’il fait très très froid en Finlande). Après tu comprendras pourquoi quand j’ai dit à Sanjay que j’allais prendre des cours de Tango il a dit, OK, tu peux aller en Finlande si tu veux, sinon c’est OVER MY DEAD BODY.

Et sinon, tu crois que les joueurs de polo dansent le Tango ?

Rondeurs

Quand y’a overdose de Kahn, le remède c’est Kapoor.

Pendant que Sonam illumine la croisette, Anish féconde le Grand Palais.

Anish Kapoor est l’invité de Monumenta, événement, qui chaque année, présente une œuvre inédite d’un artiste exceptionnel dans la nef du Grand Palais.

Sculpteur de la démesure, Anish kapoor a rempli l’espace avec une structure gonflable gigantesque ronde, chaude et rouge.

Lorsque l’on pénètre à l’intérieur, les bruits sont étouffés, la toile semi-opaque rouge transforme notre vision du monde extérieur, l’humidité nous oppresse et l’air  raréfié nous donne un léger vertige. Nous sommes dans la matrice. Misérables petits fœtus en ballade dans l’immensité gonflée.

Quand on coupe le cordon, qu’on sort de la bulle, l’air est plus frais, plus léger. Cette sensation de bien être soudain nous rappelle que notre place est dans le monde, en pleine lumière. On fait alors le tour de l’œuvre et on ne lutte pas contre une envie irrépressible de  poser sa main sur la toile ronde pour espérer y sentir un mouvement, une onde, la vie.

Évidemment, les plus scientifiques d’entre nous s’extasient devant le défi technique. Un triptyque gonflé en permanence, boulonné au sol, des lais de tissus kilométriques, des bulles géantes posées délicatement sur le béton. 37 mètres de haut, 100 mètres de long, 12 tonnes. Dingue.

L’ambition d’Anish Kapoor est de « parvenir par des moyens strictement physiques à proposer une expérience émotionnelle et philosophique inédite ». Mission accomplie.

En revanche impossible de savoir pourquoi Anish Kapoor a appelé son œuvre Lévianthan qui n’est autre qu’un monstre marin, dragon, serpent et crocodile évoqué dans la Bible qui peut être considéré comme l’évocation d’un cataclysme terrifiant capable de modifier la planète, et d’en bousculer l’ordre et la géographie, ou carrément d’anéantir le monde alors qu’il dit avoir été inspiré par la Vénus de Willendorf, représentation brute de la fécondité et donc de l’avenir.  Toutes les interprétations sont possibles. C’est l’essence de l’art.

Anish Kapoor, Monumenta, au Grand Palais jusqu’au 23 juin 2011.

Photo : L’express

Photo: Telegraph UK

La Vénus de Willendorf

Anish Kapoor est né en 1954 à Bombay. A l’âge de 19 ans, il s’installe à Londres et suit les enseignements du Hornsey College of Art, puis de la Chelsea School of Art Design. Dès le début de sa carrière, il est choisi pour représenter l’Angleterre lors de manifestations internationales (Biennale de Paris en 1982, Biennale de Venise en 1990). Depuis lors, fort d’une reconnaissance artistique précoce, Anish Kapoor a cumulé presque tous les honneurs et toutes les responsabilités susceptibles d’être confiés à un artiste en Grande Bretagne : lauréat du prix Turner et élu membre de la Royal Academy en 1991, Commandeur de l’Ordre de l’Empire britannique (CBE) en 2003, et membre des institutions artistiques britanniques les plus prestigieuses (Art Council, Conseil de supervision de la Tate Modem).

Considéré aujourd’hui comme l’un des plus grands sculpteurs vivants, il bénéficie d’une popularité étonnante auprès du grand public international, grâce à un art résolument expressif malgré son abstraction. Ses sculptures sont ainsi présentes dans les musées et les collections privées du monde entier, mais également offertes à tous dans des lieux publics.

Source : www.monumenta.com